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La factory éclatée
Carte blanche à Matthieu Orléan

A la demande de la galerie Matthieu Orléan, collaborateur artistique à la Cinémathèque française de Paris, organise en janvier une série de rencontres qui s’articulera autour de trois modules ayant pour centre de gravité, le cinéma.

Module 1 : Jeudi 18 Janvier 20h (reprise le 26 Janvier à 16h)
Le premier module sera constitué d’une projection. Une soirée dédiée au film, Venus in furs de Jess Franco (1969), hymne à l’ambiguïté et au sexe libre, où les personnages, en suspens ou en transe, sont épiés par de la musique ou par des peintures. Un film qui inspira sûrement (en cachette ?) le Lost Highway de David Lynch. Film présenté avant la projection.

Module 2 : Vendredi 19 Janvier 20h
Le deuxième module sera une conférence, alliant prise parole, images fixes et images en mouvement. Dans la continuité de la réflexion de la veille, elle questionnera la migration contemporaine des images. Des voyages cinématographiques ouverts, où seront, entre autres, présentés des extraits de Elle a passé tant d’heures sous les sunlights (Philippe Garrel), Les Yeux sans visage (Georges Franju), Cockfighter (Monte Hellman), Trois femmes (Robert Altman), Absences répétées (Guy Gilles), La Maison est noire (Forough Farrokhzad), Naked Kiss (Samuel Fuller), En haut des marches (Paul Vecchiali), Les fleurs et les vagues (Seijun Suzuki), La Septième Victime (Mark Robson), Duelle (Jacques Rivette)….
Les images fixes (réalisées par Matthieu Orléan à Los Angeles, Athènes, Bangkok, Lisbonne ou Paris) sont, en miroir des films cités plus haut, un hommage à une factory éclatée. Pour un cinéma qui se cherche hors de lui-même et a envahi l’espace de la rue et des hasards de la ville. Au moyen de preuves et d’indices non linéaires, elles permettent d’avancer sur de nouveaux territoires, que le spectateur-visiteur ne pourra atteindre sans détour. Mais tenter la traversée et le déplacement, de l’autre côté de la fiction, par goût des écarts riverains.

Module 3 : Samedi 20 janvier 16h (reprise samedi 27 janvier à 16h)
Le troisième module constituera en une séance d’écoute d’une émission co-réalisée par Christian Merlhiot et Matthieu Orléan, produite par France Culture, Des Indes à la Planète Mars. Cette émission sera diffusée sur France Culture le 14 janvier 2007.

Synopsis: Catherine-Élise Müller a trente-deux ans lorsqu’elle rencontre Théodore Flournoy qui, intrigué et curieux, souhaite assister aux séances de spiritisme qu’elle donne à Genève. La réputation du médium est alors en plein essor et celle de Flournoy n’est plus à faire puisque la Faculté des sciences de Genève vient de créer, à son intention, une chaire de psychologie.
On est en 1894, au seuil de l’avènement du cinéma et l’astronome Camille Flammarion voit paraître la 17° édition de ses Mondes imaginaires et Mondes réels. Charcot a parachevé son étude de l’hystérie en publiant, moins de dix ans auparavant, Les démoniaques dans l’art et son principal héritier, établi à Vienne, se tourne vers l’hypnose pour soulager les maladies nerveuses de ses patientes.

La rencontre d’Élise Müller, ‘la clairvoyante délirante au nom merveilleux’ comme la nommait Lacan, et de Théodore Flournoy marque un tournant radical dans la carrière du médium. Rivalisant avec la posture critique du professeur, elle libère une extraordinaire créativité inconsciente et développe, pendant plus de six ans, deux grandes fictions romanesques assorties de l’invention de langues imaginaires : l’une d’intonation indienne, l’autre, un parler martien totalement inouï.
Véritable laboratoire d’exploration de l’inconscient pour Flournoy, la médiumnité d’Élise sera pour lui l’occasion de produire son œuvre majeure. La publication de son Étude d’un cas de somnambulisme avec glossolalie le rend immédiatement célèbre dans le monde entier. Mais la paternité de l’ouvrage pose problème dès sa parution et le duo éclate à travers des règlements de comptes qui laissent apparaître une passion amoureuse jusqu’ici savamment refoulée.

Questionner ce phénomène des langues après Flournoy c’est revenir vers Élise Müller et écouter attentivement ce qu’elle dit. Or ce n’est pas chez Flournoy que l’on entend sa voix, toujours tronquée et recouverte par celle du professeur. Mais il existe une documentation peu étudiée qui complète ces récits : il s’agit des comptes-rendus de séances tenus par un collaborateur de Flournoy et grand pédagogue, Monsieur Lemaître. Ce déroulé retrace avec une précision remarquable l’origine des romans subliminaux et l’apparition des langues.
C’est à partir de ces documents que nous avons construit notre récit. Leur légitimité est intrinsèque : ils authentifient le contenu des séances et portent la signature des participants. Mais plus encore, la nature de ces notations prises dans le flux des séances laisse affleurer une réalité qui précède toutes les interprétations. Ce texte n’enferme pas Élise Müller dans un personnage de fiction comme le fait Flournoy. Sa glossolalie n’y est ni une parole réincarnée ni une pathologie mentale mais un état du discours, transcrit dans son unité et son contexte. Et ce contexte, absent des transcriptions de Flournoy apparaît comme une chambre d’écho. C’est le lieu où s’expose en pleine lumière le jeu d’influences qui donne sa nature au récit du médium.

Une lecture attentive des comptes-rendus le révèle très nettement : les voyages dans l’espace et le temps, l’invention des langues, l’écriture martienne, les personnages imaginaires, Élise Müller en est le médium, elle leur donne vie et les incarne mais il s’agit, en réalité, d’une création collective dont tous les participants sont co-auteur. Le rituel des séances, avec ses discussions et ses questions, produit la possibilité d’un récit qu’Élise énonce et interprète. Médium n’est plus seulement un terme d’occultisme. Élise, en état d’hypnose, absente à elle-même, devient substance d’un phénomène d’énonciation collective et son récit s’adapte aux moindres suggestions, il s’enrichit en temps réel de nouvelles pistes d’après le scénario établi par la communauté des participants assemblés autour d’elle (Messieurs Flournoy et Lemaître donc, mais aussi deux bourgeois genevois fascinés par l’occultisme que sont Madame Mégevand et Monsieur Senn).

L’idée qui nourrit ce projet d’un Atelier de création radiophonique pour France Culture est de partir du matériau brut des comptes-rendus et de reconstituer les séances dans un studio d’enregistrement. Les participants sont rassemblés autour d’une table et devant des micros. Ils rejouent, en le lisant, le récit de cette aventure imaginaire. Comme dans les séances de spiritisme, le dispositif engendré par la radio travaille un espace immatériel où cohabitent les ondes hertziennes, les fantômes et la musique hypnotique de Romain Kronenberg. Comme dans les séances aussi, il confine un groupe d’individus dans une réalité isolée du monde avec lequel il communique : celui des esprits et autres désincarnés comme celui de auditeurs. Ce dispositif de lecture et d’interprétation traverse et déplace, pour en mesurer les enjeux aujourd’hui, une expérience de télépathie collective.

Des Indes à la Planète Mars
Durée: 60 minutes

Réalisateurs: Christian Merlhiot et Matthieu Orléan

* Christian Merlhiot est cinéaste. Il a réalisé notamment Les semeurs de peste (1995), Voyage au pays des vampires (2001), Chronique des Love-hôtels au Japon (2003) et Silenzio (2005). Il est fondateur de pointligneplan un collectif qui situe ses enjeux au croisement des arts plastiques et du cinéma. Depuis 2002, il est responsable pédagogique au Pavillon, laboratoire de création du Palais de Tokyo.
cmerlhiot@free.fr

* Matthieu Orléan est collaborateur artistique à la Cinémathèque française, chargé des Expositions temporaires (depuis 2003). Pour la Cinémathèque française, il a été commissaire de l’exposition ¡ Almodóvar Exhibition !, et co-dirigé les ouvrages Renoir/Renoir et ¡ Almodóvar Exhibition !,. Il écrit depuis 1998 sur le cinéma et les arts plastiques pour la presse écrite (Cahiers du Cinéma, Trafic, Vertigo, Synopsis, Artpress, Libération, Purple…), et pour différents ouvrages (Autoportrait en cinéaste, Chantal Akerman et Raymond Hains, J’ai la mémoire qui planche, tous deux aux éditions du Centre Pompidou, Trésors Publics : 20 ans de création dans les Fonds régionaux d’art contemporain aux éditions Flammarion). Au printemps 2006, il a publié une partie de son travail photographique dans le numéro 7 du magazine Roses tatouées.
m.orlean@cinematheque.fr

Acteurs:
Auguste Lemaître: Jacques Bonnaffé
Élise Müller: Mireille Perrier
Théodore Flournoy: Boris Alestchenkoff
Madame Mégevand: Edith Scob
Monsieur Senn: Jean-Christophe Bouvet